Le Réseau de la Société civile pour la nutrition (RESONUT), a organisé le vendredi 21 février 2020 à Ouagadougou, le lancement officiel d’un Fonds de plaidoyer décentralisé pour l’augmentation de la redevabilité locale et la mobilisation communautaire en faveur de la nutrition. Cinq régions prioritaires, en termes de prévalence de la malnutrition, bénéficient de ce projet pilote de quatre (4) mois. Il s’agit de l’Association-Koom (Nord), Enfant du Sahel / BF (Centre-nord), l’APRG (Est), le RESACIFROAT (Boucle du Mouhoun) et VARENA-ASSO (Sud-ouest). Une quarantaine de membres ont pris part à ce lancement.

Financé par la fondation Bill&Melinda GATES, le mouvement Scaling Up Nutrition (SUN) et le bureau des Nations Unies pour les services d’appui aux projets (UNOPS), le fonds de plaidoyer décentralisé permettra de contribuer à la réduction de la malnutrition et au renforcement de la nutrition au Burkina Faso. La cérémonie de lancement officiel a débuté par l’allocution de la Secrétaire Générale (SG) du RESONUT, Emilie FERNANDES.

Dans son intervention, la SG a tout d’abord salué l’appui technique et financier des partenaires du projet avant de féliciter l’ensemble des bénéficiaires de ce fonds. Elle les a surtout exhortés à une bonne gestion et une utilisation rationnelle du financement pour l’atteinte optimale des résultats escomptés.

Le Coordinateur du RESONUT, Hermann GOUMBRI, a rappelé le contexte de mise en œuvre de cette initiative, « Le fonds de plaidoyer décentralisé a été initié dans le cadre de la mise en œuvre des projets Changer-Agir-Progresser (CAP) et du Fonds commun pour la nutrition (Pooled Fund) Phase 2 en vue de contribuer à l’atteinte de la vision du RESONUT qui est de faire du Burkina Faso un pays exempt de faim et de malnutrition. Ce fonds servira à la réalisation d’activités de plaidoyer, de communication et de sensibilisation pour l’augmentation de la redevabilité locale et la mobilisation communautaire en faveur de la nutrition ».

Le projet décentralisation du plaidoyer vient en appui aux actions de lutte contre la malnutrition au niveau national. Des actions spécifiques telles que le plaidoyer pour l’intégration de la nutrition dans les plans locaux de développement, l’appui à la mobilisation de champions nutrition au niveau décentralisé, l’organisation de campagnes de plaidoyer et d’interpellations citoyennes en faveur de la nutrition seront réalisées.

A l’occasion de ce lancement deux sujets d’une importance capitale ont été développés avec les membres du RESONUT. Il s’agit de l’ancrage institutionnel de la nutrition et la participation du Burkina Faso au sommet Nutrition for Growth Tokyo 2020.

 

 Ancrage institutionnel de la nutrition

Le Président du Faso en tant que Leader africain de la nutrition (ALN) a pris plusieurs engagements d’ordre politique et financier à savoir l’adoption de la Politique nationale de Nutrition et du plan stratégique multisectoriel de Nutrition, le relèvement du niveau d’ancrage institutionnel de la nutrition à la Présidence du Faso avec nomination d’un point focal nutrition politique à la Présidence du Faso, et la mobilisation de ressources financières domestiques pour la nutrition, la réduction de la malnutrition sous toutes ses formes. Le Ministère de la Santé, à travers le Secrétariat Technique chargé de l’Alimentation et la Nutrition (STAN), et le Point focal Scaling Up Nutrition (SUN) pays, ont été mandatés pour conduire ce processus de révision des textes régissant l’ancrage institutionnel de la nutrition. Plusieurs rencontres d’élaboration, d’amendements et de validation des textes ont été organisées. Le Réseau de la Société civile pour la Nutrition (RESONUT), résolument engagé dans l’ancrage supra-ministériel de la nutrition à la Présidence du Faso, y a pris activement part.  

Ce processus qui était bien engagé, connait actuellement des blocages suite aux inquiétudes émises par une coalition de treize (13 OSC) leader par l’Organisation néerlandaise pour le développement (SNV). En effet, cette coalition a fait du lobbying qui a découlé sur une interpellation d’hommes politiques pour la remise en cause du processus. Le RESONUT a initié une rencontre avec les autres OSC en question dans ses locaux et au SPONG. Il a également eu des échanges avec le conseiller spécial du Président Faso en la personne de Pr Nicolas MEDA. Etant donné que l’ancrage institutionnel tient à cœur le RESONUT, un plan d’action a été élaboré et consistera à l’élaboration d’une note technique de positionnement du RESONUT sur le sujet, la convocation d’une réunion avec les membres du RESONUT, la demande d’audience avec les ministères impliqués, la mise en place d’un mécanisme de veille stratégique et de suivi du processus, etc.

La question de la malnutrition et de la nutrition au Burkina Faso est d’une importance capitale. Orphelin institutionnel, c’est dans cette optique que le RESONUT réaffirme une fois de plus sa volonté de voir l’aboutissement de ce processus d’ancrage supra ministériel de la nutrition à la Présidence du Faso et en appelle à la collaboration de l’ensemble des acteurs engagés, car au-delà des divergences il y va du bien-être des populations.   

 

Engagements pour le Sommet de la nutrition pour la croissance – Tokyo 2020

Face aux demandes croissantes qui pèsent sur notre système alimentaire, le monde est en retard dans la réalisation des objectifs nutritionnels fixés par l’Assemblée mondiale de la santé en 2025 et de l’objectif fixé par les ODD de mettre fin à la malnutrition sous toutes ses formes d’ici 2030. À l'approche de l'échéance de 2025, près de la moitié des décès d'enfants sont toujours liés à la malnutrition. A cet effet, le Gouvernement du Japon organisera du 17 au 18 décembre 2020 à Tokyo, le Sommet de la nutrition pour la croissance (N4G 2020). Ce Sommet est une occasion unique pour mettre le monde sur la bonne voie vers l’atteinte des objectifs mondiaux de nutrition et donner une impulsion aux engagements des gouvernements, de la société civile, du secteur privé, des organismes donateurs et de l’ONU.

Pour le Burkina Faso, Tokyo 2020 est une aubaine pour renforcer les acquis de Londres et prendre de nouveaux engagements réalistes et réalisables.  En rappel, à Londres 2013, notre pays avait pris plusieurs engagements, au sommet mondial sur la nutrition pour la croissance. A ce jour quelques progrès ont été réalisés mais nous devons encore redoubler d’efforts.

Le RESONUT, propose, suit et soutient les actions du gouvernement en faveur de la nutrition à travers un plan d’action. En prélude à ce sommet, le RESONUT a identifié quelques engagements clés que le Burkina Faso pourrait prendre pour lutter contre la malnutrition. Sur le plan financier, il y a le réapprovisionnement de façon croissante de la ligne budgétaire pour les interventions spécifiques nutrition pour atteindre 5 milliards de FCFA, d'ici à 2025.  En termes d’impacts, la réduction de la malnutrition chronique de 25,1% (2019) à 23% (2025) et la réduction de la malnutrition aigüe de 8,1% (2019) à 5% (2025) est attendue.

D’autres défis en termes de mobilisation de ressources financières domestiques pour la nutrition ont été proposés. Il s’agit essentiellement de la dotation sur ressources propres de l’Etat du Fonds d’appui à la sécurité alimentaire (FASA) ; la relecture du Code des Impôts pour la détaxation des prémix entrant dans l’enrichissement des intrants de prévention et de traitement de la malnutrition, etc.

La prise en compte de ces engagements pourrait faire du Burkina Faso un pays où hommes, femmes et enfants bénéficient des nutriments dont ils ont besoin pour vivre une vie saine et productive, pour prendre soin de leurs familles et leurs communautés et contribuer véritablement à la prospérité économique de la nation.

RESONUT